Que pouvons nous attendre des débats de la campagne des présidentielles 2027 ?
Dans notre éditorial de juillet dernier (*) nous constations la faiblesse des propositions des partis politiques en lice pour les présidentielles 2027 à une exception près, LFI. Fin septembre, à 7 mois de ces présidentielles la situation n’a guère changé : idées et slogans s’enchaînent, parfois contredisent des propositions antérieures, mais l’exposé des méthodes et moyens pour les réaliser reste flou ou fait défaut. Les négociations picrocholines, entre partis ou factions de partis, portent essentiellement sur le partage du pouvoir, comme si le contenu de l’action politique n’avait qu’une importance secondaire, ou que ses fondements seraient intangibles, indépassables. Pourtant les espérances mises dans les gouvernances successives présidées par Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron ont été généralement déçues. Les performances promises et attendues ne se sont pas réalisées, au contraire. Cela conduit à s’interroger sur la pertinence actuelle de nos institutions et particulièrement du modèle démocratique français.

Françaises, Français : je me suis compris ! (Image par Grégory ROOSE de Pixabay)
Mais sommes-nous encore en démocratie ?
Est-il actuellement iconoclaste de se poser cette question ? Pour ceux qui nous gouvernent elle ne se pose pas : la démocratie représentative fonctionne : le peuple élit à échéances régulières ses représentants, ainsi que le président de la République qui gouverne. Donc tout va bien : les conditions de la démocratie sont réunies : c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, selon la célèbre formule de Lincoln…
Pourtant, depuis la dissolution du parlement en 2024, la gouvernance macroniste, rejetée par les urnes, continue à diriger le pays sans changer sa politique. Des procédés retors et des acrobaties langagières permettent de faire passer des lois grâce à la passivité, voire la complicité d’oppositions parlementaires pourtant majoritaires si coordonnées.
Coup de chance ou calcul machiavélique d’E. Macron : il semble qu’en raison du climat politique désenchanté de la fin de son règne et des manifestations de ″ras le bol″ des citoyens, la crainte de nouvelles élections inopinées, provoquées par un blocage du fonctionnement du parlement, paralyse nos représentants qui craignent d’être rejetés et les fait consentir au maintien de cette gouvernance sans légitimité. Le jeu habituel des présidentielles, suivi des législatives, serait plus favorable à leur reconduction, dans la mesure où les campagnes de formatage de l’opinion qui les précèdent, permettraient de dissoudre la colère des électeurs en les enchantant par de nouvelles promesses.
L’écart qui se creuse entre les citoyens et leurs représentants n’est pas récent.
La rupture entre la classe politique et l’immense majorité de ceux qu’elle est censée représenter se reproduit en permanence. De 5 ans en 5 ans, à l’exception de quelques militants proches des élus, le peuple tend à devenir un objet lointain pour ses représentants, considéré pa parfois comme embarrassant, qui ne disposerait ni des capacités, ni des moyens ou des dispositions nécessaires pour comprendre la complexité de l’action politique.
Or les vertus de la démocratie représentative résident justement dans la qualité de son système de représentation. Cette qualité repose à la fois sur l’efficacité des modes de consultation des citoyens et sur la détermination de ces citoyens à faire valoir leurs avis et demandes auprès de leurs élus. Actuellement le compte n’y est plus. Y remédier implique de changer les lois et pratiques qui régissent les modes de représentation, notamment en augmentant le pouvoir de contrôle des citoyens sur l’action des élus qui les représentent.
Après un sérieux toilettage, la démocratie de représentation serait alors complétée par une démocratie d’exercice (**) où le contrôle des citoyens sur leurs représentants (à tous les niveaux du pouvoir) s’exercerait pendant toute la durée de leur mandat, avec, le cas échéant, pouvoir de sanction voire de révocation. Mais cette évolution préconisée de longue date ne semble pas près d’aboutir : au contraire…
Vers un renforcement du pouvoir oligarchique
Le fossé qui s’est progressivement creusé entre les citoyens et leurs représentants au cours de la Vème République, expose ces derniers aux pressions d’un groupe minoritaire mais puissant, constitué par une oligarchie financière aux pouvoirs sans cesse renforcés par la gouvernance néolibérale qui inspire l’action politique des 50 dernières années.
Ebauchée dans les années 1970 sous la présidence Giscard, celle-çi est installée sous Mitterrand en 1983 à l’occasion du « tournant de la rigueur » et ne cesse depuis de se renforcer, quelle que soit la couleur politique au pouvoir en place et malgré les échec sociaux et économiques cuisants qu’elle génère.
L’imprégnation de la classe politique par la doxa néolibérale est telle que toute initiative politique qui s’en affranchit est considéré comme iconoclaste, voire provoque des réactions de rejet qui rendent difficile voir impossible tout débat (Ndlr ; : cf. l’ostracisation actuelle de LFI)
Or dans le contexte de récession économique et sociale auquel la France est actuellement confrontée, les intérêts entre la masse des citoyens et l’oligarchie économique divergent de plus en plus et influent sur les positions et déclarations d’une grande partie de la représentation nationale engagée dans les présidentielles 2027,
Ménager la chèvre en étant au service du chou (gras) est un exercice politique délicat qui connait actuellement un grand succès dans la campagne des présidentielles 2027.
Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 21 / 09 / 2026
(*) éditorial 133 ; https://www.le-clairon-de-latax.fr/editorial/y-a-t-il-une-alternative-%3F)
(**) dénomination de Pierre Rosanvallon
