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L’eau, le changement climatique et le nucléaire

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     On commence à découvrir alors que les épisodes de chaleur se multiplient, s'étendent et se renforcent, qu'il ne s'agit plus seulement de s'adapter le temps que durent les canicules, mais que le réchauffement climatique menace aussi  les outils et les systèmes qui assurent nos conditons de vie, par exemple la filière d'électricité nucléaire...


   Au moment où ces lignes sont publiées, 3 réacteurs français sont totalement à l’arrêt : Golfech N°2, Bugey N°3, Chooz N° 2, tandis que 8 autres fonctionnent à puissance réduite en raison de la canicule et des contraintes de refroidissement. L’industrie nucléaire a besoin de grands volumes d’eau froide pour fonctionner, mais le changement climatique multiplie les évènements extrêmes qui réduisent le débit des cours d’eau. A l’heure actuelle sur les 56 réacteurs en fonctionnemen,t répartis sur 18 centrales, 42 réacteurs sont situés au bord de cours d’eau, et 14 en bord de mer.


Une consommation d’eau différente selon le type de réacteur


   La chaleur crée par la fusion nucléaire sert à produire dans un circuit primaire de la vapeur d’eau qui fait tourner une turbine qui produit de l’électricité. La vapeur d’eau issue de cette turbine est refroidie par l’apport constant d’un grand volume d’eau dans un circuit secondaire. On distingue 2 systèmes de refroidissement selon le type de circuit secondaire :


  • - Les réacteurs à circuit ouvert, installés dans des centrales nucléaires situées en bord de mer. Elles ont besoin d’un volume d’eau important, puisé dans la mer, qu’elles relâchent quasiment sans pertes.

  • - Les réacteurs à circuit fermé, sont installés dans des centrales situées au bord de cours d’eau importants. La chaleur de l’eau de refroidissement est dispersée dans l’atmosphère sous forme de vapeur d’eau dans des tours aéroréfrigérantes, puis l’eau refroidie restante sera réinjectée dans le cours d’eau en aval.


   Selon le type de circuit la consommation d’eau va être différente. Dans une étude parue en 2019 (*) il faut 150 à 180 litres d’eau pour produire 1000 kilowatts heure (**) d’électricité.  Dans une centrale à circuit court, cette eau va être relâchée dans le cours d’eau avec une perte en ligne de 0,3 litres par évaporation. Pour la même production d’électricité dans une centrale à circuit fermé, qui aspire moins d’eau en amont, mais où l’évaporation est plus importante, ce sont 2,4 et 3,2 litres qui se seront évaporés.


En résumé : selon EDF un réacteur à circuit fermé prélève, quelle que soit sa puissance, environ 2000 litres d’eau par seconde et en restitue dans le cours d’eau environ 1200 à 1400 litres / seconde selon sa puissance (de 900 à 1400 MWe).


En période de sècheresse le problème de l’eau est double


   En période d’étiage du cours d’eau où s’alimente la centrale nucléaire, le problème porte à la fois sur la disponibilité de la ressource en eau que prélève la centrale pour le fonctionnement de ses réacteurs et sur l’impact de l’eau chaude rejetée en aval dans un cours d’eau au débit réduit par la sècheresse.

   Cet impact est susceptible de causer des dégâts à la faune et à la flore du cours d’eau, c’est pourquoi des contraintes règlementaires ont été édictées pour les rejets et les prélèvements d’eau des centrales.


Contraintes pour les réacteurs à circuit fermé


   Ainsi, à titre d’exemple, l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et radiologique) impose un ″gap″ de 1 à 3° maximum entre l’eau prélevée et l’eau rejetée, avec une température maximale de 28 °C pour l’eau rejetée. Contraintes auxquelles peuvent s’ajouter des dispositions spécifiques prises par arrêtés préfectoraux. Mais des dérogations exceptionnelles peuvent être accordées par l’ASNR pour maintenir un minimum de production en cas de canicule ou de températures extrêmes…


   De même pour le prélèvement : des contraintes fixent à ~2 m³/s par réacteur le plafond d’eau prélevée. Par ailleurs, un débit minimal d’eau dit « débit écologique » permettant la vie aquatique, doit être respecté. En cas d’une température de l’eau > 28 ° C les prélèvements peuvent être limités ou suspendus. Bien entendu des dérogations et des mesures particulières peuvent être prises en cas de canicule ou de sècheresse…


   Avec ses 48 centrales nucléaires situées au bord de cours d’eau, la filière nucléaire française est donc particulièrement sensible aux évènements climatiques. Ce n’est pas pour rien que l’EPR de Flamanville et les 6 premiers ″futurs EPR 2″ du plan de relance du nucléaire, imaginé par E. Macron, sont situés en bord de mer.

   Alors que la question du financement de ce plan de relance n’est toujours pas résolue, on peut se poser la question de la pertinence de financer le prolongement de vie de certaines des 48 vieilles centrales dont l’alimentation en eau n’est pas assurée à terme, compte tenu de l’accélération des phénomènes de chaleur liées au changement climatique.

   Rappelons que l’estimation actuelle du coût du grand carénage permettant la mise à niveau et la prolongation d’activité du parc nucléaire existant se monte actuellement à > 100 milliards d’euros…


Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 20 / 07 / 2026


(*) Eau, centrales nucléaires et changement climatique », Revue générale du nucléaire, no 1, janv-fev 2019

(**) = consommation horaire de 300 à 400 aspirateurs ménagers



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