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Remarques sur la désorientation de notre pays

   A partir de cette édition et jusqu’au présidentielles le Clairon de l’Atax va proposer à ses lecteurs une série de réflexions en plusieurs épisodes sur la situation de notre pays en cette période de fin de règne du président Macron. Nous avons choisi de confier ce travail à Laurent Fabas, un citoyen narbonnais à la fois engagé en politique (Il était chef de file du collectif citoyen « Nous sommes Narbonne » aux dernières municipales) et compétent, de par sa formation et sa pratique professionnelle, en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

La rédaction


Laurent Fabas pour le Clairon de l'Atax

Les nouvelles classes de plein air en Macronie (image LF)

(Partie 1)


La République des poubelles ?


   La République a-t-elle peur de ses enfants ? Dans l’atmosphère de fin de règne de cet automne 2026, un gouvernement sans mandat a réduit la politique à une ligne de boucliers en plexiglas.


   Pour nombre de notables qui dirigent nos villes et les ministres retranchés dans leurs palais, la rente immobilière, le bitume immaculé et la circulation des berlines forment la seule réalité digne d'être protégée.


   L'administration qui prétend ne pas avoir un sou pour acheter des chaises à des élèves trouve en revanche des budgets illimités dès lors qu'il faut mobiliser des blindés, des brigades motorisées et des espions maladroits pour faire la police des trottoirs. Des esprits étroits nous expliqueront que l’un est dans le budget de l’État et l’autre d’une collectivité. Il s’agit dans les deux cas de la même poche, celle du contribuable.


   De son côté La jeunesse populaire ne possède rien d'autre que son avenir et le pavé de la rue pour crier.


   Faut-il voir dans cette dérive de l'incompétence gestionnaire, la prise de pouvoir de la police ou du machiavélisme politique ? Les trois logiques s'emboîtent parfaitement. L'incompétence fabrique la crise matérielle de l'école publique. Les gouvernants effrayés achètent la fidélité de leurs soutiens potentiels par des concessions doctrinales et l'impunité légale. Le machiavélisme exploite le désordre pour ignorer ses causes et l’attribue à ses adversaires politiques.


En criminalisant la jeunesse pour protéger la rente et en livrant la République à une corporation armée de plus en plus radicalisée, ce pouvoir ne rétablit aucun ordre. Il prépare, par lâcheté et par calcul, l'armature répressive clé en main qui servira au triomphe de l'extrême droite en mai 2027.


Quand l’avenir s’effondre : un exemple narbonnais


   L’internat du Lycée Lacroix de Narbonne est fermé cette année. Le bâtiment menace ruine. Une situation d’une confondante banalité dans la France de 2026. L'Éducation nationale, prise au dépourvu, avait sollicité la s Maison des Jeunes et de la Culture de Narbonne pour héberger les élèves internes au sein de son centre de séjour. Les devis avaient été établis au plus juste, calculés au coût réel d'un accueil digne, avec des repas équilibrés, du personnel de veille et de ménage, sans refacturer le chauffage et hors du champ des impôts commerciaux. L’offre semblait structurellement imbattable. 


   Elle fut jugée trop onéreuse. La solution retenue par l'administration d'État consistait à affréter des autocars matin et soir pour expédier une partie des internes dormir à Lézignan-Corbières, à vingt kilomètres de là. La décision souleva la stupeur au sein de l'équipe associative de la MJC. Proposer un tarif inférieur aurait signifié travailler à perte. Seul un artifice comptable masquant une partie des coûts pouvait expliquer ce choix, ou alors l’Education Nationale avait échangé le confort d’enfants qui lui sont confiés contre quelques centimes. Les associations d'éducation populaire sont exsangues en 2026. Leurs subventions publiques fondent chaque année, tandis que les ménages narbonnais, frappés par l'inflation, réduisent leurs dépenses de loisirs et d'activités culturelles. De plus, une association locale n'a ni la vocation, ni les moyens de subventionner l'Éducation nationale pour masquer et palier le désengagement de l'État.

   Envoyer des adolescents de quinze ans s'épuiser chaque jour sur une route départementale pour économiser des miettes comptables relevait d'une violence silencieuse. Cet arbitrage illustrait à son échelle la logique gestionnaire aberrante qui gangrène les services publics de notre pays.


   Les promesses d’avenir se sont éteintes, les professeurs manquent à l'appel, tandis que des pans entiers de plafonds menacent de s'effondrer sur les tables de classe. Telle est la réalité de l'école républicaine en cet automne 2026.


   Un jour tout craque. Le 1eroctobre, une fumée noire s’élève devant le lycée Louise Michel. Le cri de colère est national. Les lycéens sont descendus dans la rue pour réclamer un futur. Leurs doléances étaient précises, limpides, indiscutables. Pourtant, le débat civique n’a pas eu lieu, occulté par la prééminence du dispositif sécuritaire.


   Un pays qui matraque sa jeunesse au lieu de l’écouter n’a pas d’avenir. Dès qu’un feu de poubelle s'allume devant les grilles d’un lycée, l'injonction tombe. Il faudrait sommer des adolescents de seize ans de s'agenouiller avant même d'avoir écouté leurs doléances. Regardons la réalité en face. Une vitre se remplace, un abribus se répare. En revanche, le gaz lacrymogène et les charges aveugles déchirent la chair et la mémoire d'une génération. Le préfet compte le mobilier urbain calciné. Nous comptons les profs manquants, les plafonds dégradés et les élèves blessés dans leur corps et leur esprit.


   L’hypocrisie est totale. L’institution enseigne la supériorité du débat républicain. Mais aujourd’hui, face aux pétitions ignorées et aux délégations méprisées, elle démontre à notre jeunesse que seul le blocage force l’écoute. L'État fabrique lui-même l'affrontement qu'il feint de déplorer. L’école enseigne aussi les combats qui fondèrent la République. Aujourd’hui, le mouvement lycéen relève de cette illustre grammaire : espérer et lutter. Incapables de réparer l'école publique ou de stopper son décrochage, nos gouvernants choisissent la force brute pour masquer leur faillite. Exiger le silence absolu d'une jeunesse que le pouvoir sacrifie, revient à lui intimer l'ordre de mourir sans faire de bruit. Nous serons toujours du côté des lycéens qui redressent l'échine.


L’énergie de la jeunesse est un bien précieux


   Quiconque s’est déjà retrouvé face à une classe de lycéens le sait. L'énergie y est intense. Tous les débutants commettent la même erreur en croyant pouvoir la cadenasser, la mettre sous cloche. Ils n’y récoltent que le chaos. Face à cette jeunesse, l’institution policière réagit exactement comme un professeur novice. Mais un novice casqué, armé de boucliers et de grenades. En prétendant prévenir un débordement, le déploiement de la force brute le déclenche. Rien n'excite davantage la confrontation que la posture d’autorité artificielle et arbitraire, par opposition à celle qui se gagne par le dialogue et la justice. Le bouclier n'arrête pas le pavé, il le suscite. Toutes les polices démocratiques d'Europe le savent désormais. La visibilité de l'armement lourd hystérise les foules, tandis que le retrait, la médiation et le dialogue désamorcent les colères les plus vives.


   Avec le temps, les enseignants apprennent que cette vigueur ne se brise pas, elle se canalise. Ils apprennent qu'un adolescent se dépasse pour quelqu'un qui sait l'écouter, et que le bras de fer frontal est une impasse destructrice. Même face aux débordements et aux colères qui s'enflamment, contenir par la force la fougue d'une génération a un coût immense. Cette vitalité doit pouvoir circuler, débattre, contester.


  Les policiers ne reçoivent pas cet apprentissage, et le pouvoir qui les envoie ne s'embarrasse pas de gérer la suite. Dans dix ou vingt ans, la société ramassera les fractures civiques, les colères sourdes et les trajectoires compromises par la peur de l'uniforme. Mais personne, au sommet, ne fera jamais le lien avec ce que les institutions leur ont infligé à seize ans. Il y a là une raison fondamentale pour laquelle la police ne doit pas entrer dans les salles de classe.


Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 21/10/2026


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