Quelle électricité voulons-nous ?
Nos gouvernants actuels croient ou semblent encore croire à la perpétuation d’un modèle économique fondé sur la croissance. Pour résoudre la remise en question de cette croissance opérée par le changement climatique, il s’agirait de remplacer les énergies fossiles par des énergies décarbonées productrices d’électricité. Mais ce chantier est colossal, sommes-nous en capacité de le mener à bien ?

De l’électricité , dieu merci ! (Image par Gerd Altmann de Pixabaye
Le contexte actuel
L’économie mondiale est encore largement fondée sur l’emploi d’énergies polluantes (charbon pétrole, gaz). En 2025 elles représentaient encore environ 86,3% de la consommation mondiale totale (industrie, transports, chauffage / climatisation, électricité, etc.). Mais la part des énergies décarbonées (renouvelable + nucléaire) est plus significative en ce qui concerne la production d’électricité : en 2025 elle atteignait ≈ 42% du mix électrique mondial grâce à la progression des énergies renouvelables (notamment en Chine) et à la stabilité du nucléaire.
En France, selon le bilan RTE (*) de 2025, ≈ 68 % de l’électricité produite en métropole est d’origine nucléaire contre ≈ 27 % pour le renouvelable et < 4% pour le fossile. Nous sommes actuellement en bonne position par rapport aux performances mondiales, mais dans un contexte général d’augmentation de la consommation d’électricité cette position est fragile.
Notre parc nucléaire est pour l’essentiel constitué de centrales anciennes qui arrivent ou sont arrivées en fin de vie et qui nécessitent d’importants travaux pour être prolongées (Grand carénage). Si cette prolongation est réalisée, elle ne permettra pas de répondre à l’accroissement de la demande d’électricité. Il est donc nécessaire, tout en restant dans un mode de production d’électricité à base d’énergies décarbonées, de renforcer le mix énergétique ″nucléaire : énergies renouvelables″
La PPE 3 (2026–2035) : un mix énergétique où domine le nucléaire
La troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) publiée en février 2026 définit la stratégie française pour le période 2026 – 2035 (10 ans) et vise la neutralité carbone pour 2050.
Elle se caractérise par une relance massive du nucléaire conforme aux objectifs annoncés par le président Macron en 2022.
Elle fixe 3 objectifs :
· Une augmentation de la production d’électricité nucléaire censée passer de 320 TWh (Térawattheure) en 2023 à 380/420 TWh entre 2030 et 2035
· La prolongation de vie des réacteurs existants au-delà de 50 voire 60 ans
· La construction programmée de 6 EPR 2 + 8 autres en option avec l’objectif d’augmenter de 27 GW (Gigawatt) les capacités de production d’électricité nucléaire à l’horizon 2030
Pour les énergies renouvelables les ambitions sont révisées à la baisse :
· Seul le solaire tire son épingle du jeu avec un objectif de 48 GW installés à l’horizon 2030, puis ≈ 55 à 80 GW
· Pour l’éolien terrestre l’objectif pour 2035 passe de 45 GW initialement prévus à 35 / 40 GW avec priorité au renforcement de la production des parcs existants plutôt qu’a la création de nouveaux parcs.
· Pour l’éolien en mer l’objectif 2035 est réduit à 15 GW contre 18 GW initialement prévus
Le choix du gouvernement est de favoriser le nucléaire tout en maintenant les ENR (Energies renouvelables) à un niveau qui ne soit pas trop préjudiciables aux investissements industriels réalisés ou en cours…
Des choix politiques qui posent des problèmes de financement
Le choix du maintien des 57 réacteurs encore en service au-delà de 60 ans (Grand carénage) nécessite selon la Cour des comptes un investissement > 131 milliards € en intégrant la maintenance courante. Cette solution serait cependant moins couteuse que le remplacement de l’existant par la construction de nouvelles capacités.
Pour la construction des 6 nouveaux EPR2 la Cour des comptes estime le coût à > 100 milliards € en intégrant les frais financiers intercalaires. Cela entraine pour équilibrer l’opération à facturer un coût de MWh produit entre 135 et 176 € alors que le prix du marché se situe à 70 € le MWh pour le parc existant…
Ces ≈ 230 milliards d’investissements sont à trouver dans une chronologie différente : pour la construction des EPR2 elle ne fait que commencer et s’étale sur une vingtaine d’années tandis que le ″Grand carénage″ et déjà engagé et devrait se terminer à l’horizon 2035.
Où trouver les investissements nécessaires à la réalisation de la PPE 3 ?
Si les réacteurs ″historiques″ ont pu être construit dans l’élan des 30 glorieuses puis dans une période où les finances publiques n’étaient pas en trop mauvais état, il n’en est pas de même aujourd’hui où EDF traine une dette nette de 51 milliards € et où l’Etat est fortement endetté. De plus, la longue série d’incidents, malfaçons, retards qui frappent la filière nucléaire française depuis plus de 20 ans, encore récemment illustrés par les péripéties de la construction de l’EPR de Flamanville n’est pas de nature à attirer des capitaux à des conditions de rémunération compatibles avec l’équilibre des opérations projetées.
Les dispositions de la PPE 3 qui font la part belle au nucléaire dans le développement du mix électrique, semblent relever plus de la parole performative du président Macron que d’un projet solidement documenté et réfléchi dans le sens de l’intérêt public…
Quel avenir pour les renouvelables ?
Les échéances politiques de 2027 aboutiront-elles à la lise en place d’une politique énergétique plus réaliste : on peut encore l’espérer. Dans un tel cas, cela passerait certainement par un rééquilibrage du mix énergétique en faveur des ENR notamment des ENR marines.
La France métropolitaine compte environ 3400 kilomètres de côtes, auxquelles il faut ajouter celles de l’outre-mer. Beaucoup de ces territoires maritimes sont propices à l’installation d’équipement de production d’énergie électrique, qu’il s’agisse d’éoliennes posée ou flottantes, mais aussi de turbines, de systèmes d’échange de chaleur ou de houlomoteurs (2 parcs houlomoteurs sont en développement au Portugal et en Ecosse). En dehors de leurs performance techniques, ces divers équipements ont une vertu économique ; ils impliquent des investissements relativement modérés qui rendent leur réalisation et leur exploitation accessibles à un plus grand nombre d’investisseurs publics ou privés.
Les énergies renouvelables nous ouvrent actuellement des perspectives plus compatibles avec nos moyens et nos besoins, saurons-nous en profiter ?
Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 17/ 09 / 2026
