La prolifération des parcs photovoltaïques menace les Corbières
À Tournissan, le 22 octobre 2026, 3 associations de protection de l'environnement ont convié les médias afin de dénoncer la prolifération des méga parcs photovoltaïques au sol dans les Corbières. Cette conférence interassociative réunissait Développement Durable en Corbières et Minervois (DDCM), la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et Écologie en Région Carcassonnaise, Corbières et Littoral Audois (ECCLA). La municipalité, ainsi que le collectif citoyen Stop Centrales ont participé aux prises de parole pour détailler les menaces pesant sur leur cadre de vie.

Représentants associatifs à la réunion de Tournissan (photo LC)
Cette mobilisation fait suite à des élections municipales où la population a sanctionné plusieurs équipes sortantes, notamment à Tournissan et Ribaute, qui avaient négocié ces implantations en catimini. Les électeurs ont porté aux responsabilités des élus résolus à contrer l'appétit des promoteurs industriels.
Les intervenants pointent notamment le chantier prévu entre Tournissan et Ribaute, prévoyant 220 000 panneaux sur 120 hectares clôturés, ainsi que les projets d'Albas, de Coustouge, de Fontjoncouse ou de Camplong, totalisant plus de 300 hectares de garrigues et de parcelles agricoles convoitées.
L'implantation de ce complexe industriel jouxte par ailleurs la commune de Lagrasse, classée parmi les plus beaux villages de France, située à moins de 2 kilomètres à vol d'oiseau des parcelles ciblées, menaçant ainsi directement l'attractivité paysagère et le patrimoine local.
Le projet de poste-source porté par Réseau de Transport d'Électricité (RTF) est un point focal pour les associations. Prévu sur une surface de 10 hectares à Tournissan, ce transformateur géant doit servir de nœud de raccordement pour évacuer la production d'une constellation de centrales solaires vers la ligne à très haute tension traversant le massif en direction de l'Espagne. Sans cet équipement, aucun des parcs envisagés dans un périmètre de 20 kilomètres ne peut injecter ses mégawatts.
Les associations rappellent leur soutien aux énergies renouvelables mais refusent le sacrifice des milieux naturels. Le porte-parole de la LPO insiste sur le fait que l'artificialisation des sols constitue la cause majeure du déclin de la biodiversité. Or les zones convoitées se situent au cœur du réseau européen Natura 2000. Les terrassements, les défrichages et les kilomètres de clôtures violent les documents d'objectifs européens, dégradent l'hétérogénéité des paysages et détruisent la quiétude des habitats nécessaires aux espèces communautaires remarquables.
La LPO et DDCM réfutent vigoureusement l'idée selon laquelle les terres ayant brûlé lors des grands incendies de 2025 n'auraient plus de valeur écologique. La garrigue méditerranéenne se régénère rapidement après le passage des flammes et attire des oiseaux patrimoniaux.
En outre, la disparition programmée des vignes entretenues supprime les zones traditionnelles de pare-feu au profit d'installations électriques inflammables et de friches qui font mèche. Les intervenants rappellent les récents départs de feux sous des panneaux dans les Landes et les graves incendies de parcs de batteries au lithium-ion en Espagne, exigeant des unités spécialisées de sapeurs-pompiers face aux émanations toxiques et aux risques d'explosion.
La représentante d'ECCLA a communiqué les données officielles de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer. Le département de l'Aude enregistre actuellement 48 centrales en exploitation, 121 autorisations délivrées, 81 dossiers en cours d'instruction et 253 projets supplémentaires à l'étude. Cette frénésie profite de reculs réglementaires récents, notamment le passage de 1 à 3 mégawatts-crête du seuil obligeant à une étude d'impact environnemental complète.
L'exemption accordée aux parcelles de moins de 1 hectare encourage les promoteurs à morceler artificiellement les surfaces, provoquant un mitage destructeur des paysages.
La LPO dénonce également la pratique du saucissonnage consistant à découper les programmes en tranches de moins de 25 hectares pour contourner les interdictions de défrichement forestier. L'alibi de l'agrivoltaïsme consistant à placer quelques moutons sous les structures métalliques est qualifié de leurre, les troupeaux broutant la végétation sans restaurer une polyculture résiliente.
La représentante du collectif Stop Centrales et les membres associatifs ont fustigé la mécanique spéculative à l'œuvre. De simples sociétés de courtage démarchent agressivement les viticulteurs touchés par la sécheresse et les difficultés financières pour rafler des promesses de bail avant de revendre ces droits à des fonds de pension étrangers. Cette captation financière met en lumière la doctrine appliquée dans l'Aude, où la rente solaire profite exclusivement aux propriétaires signataires. Alors que dans d'autres régions comme la Bretagne, les chambres d'agriculture mutualisent les revenus photovoltaïques au bénéfice de l'ensemble de la profession, le modèle audois sanctuarise les disparités.
La municipalité de Tournissan rappelle que ces projets n'apportent aucun emploi pérenne, n'abaissent aucunement les factures d'électricité des habitants et fragilisent une région déjà frappée par le chômage. L'installation de ces usines solaires menace les gîtes ruraux, les chambres d'hôtes et l'œnotourisme, dévalue le patrimoine immobilier et laisse en suspens la question du démantèlement final après 30 ans d'exploitation face à la faillite potentielle des jeunes sociétés créées pour l'occasion.
Les échanges ont également mis en évidence l'inutilité des zones d'accélération des énergies renouvelables confiées aux communes, dont les cartes demeurent reléguées au rang de simples souhaits consultatifs face aux documents cadres préfectoraux.
Le bras de fer se déplace désormais sur le terrain juridique. Le Plan Local d'Urbanisme de Tournissan bloquant pour le moment l'implantation du poste-source, l'opérateur électrique sollicite de la préfecture une procédure de mise en compatibilité forcée, via une enquête publique annoncée pour novembre 2026.
La municipalité, DDCM, la LPO et ECCLA coordonnent leurs actions pour défendre les Corbières et préparent des recours contentieux systématiques contre chaque arrêté de dérogation autorisant la destruction d'espèces protégées. Les intervenants réclament un véritable moratoire départemental et l'orientation impérative du solaire vers les toitures, les friches industrielles et les parkings déjà artificialisés.
La rédaction du Clairon de l’Atax le 22/10/2026
