La loi s’applique à tous, et d’abord à ceux qui la font appliquer
La loi se construit selon des procédures précises et dans des conditions définies par la Constitution. Du moins était-ce jusqu’à présent l’usage en 5ème république. Cela gêne désormais certains politiques qui voient l’avenir de leurs idées et de leurs affaires menacé par le cadre légal actuel. Ils souhaitent contourner ce dernier et, pour rétablir ou conforter leur position, faire appel directement au « bon sens » d’une opinion qu’ils espèrent largement conditionnée par les médias qu’ils détiennent ou qui les soutiennent. Narbonne n’est pas à l’abri de ces expédients, puisque son maire, dont le rôle est de faire appliquer la loi, soutient de fait sa transgression par Robert Ménard, son collègue de Béziers....
La rédaction

Le vers est dans le fruit (Image par congerdesign de Pixabay
En démocratie, les libertés fondamentales sont au sommet de la hiérarchie des normes pour une bonne raison. Elles nous protègent de l'arbitraire.
C’est précisément de cela que Robert Ménard devait répondre ce mercredi devant le tribunal judiciaire de Montpellier. Il comparaissait pour avoir refusé d'appliquer la loi en se retranchant derrière le paravent de l'immigration clandestine. Quand le maire de Narbonne, Bertrand Malquier, affirme publiquement qu'il aurait pris la même décision, il bafoue lui aussi la République. Toute sa rhétorique sur le prétendu bon sens de terrain et toute sa légitimité électorale n'y changent rien. En démocratie, aucun élu n'est mandaté pour rogner nos libertés.
Pour mesurer la gravité de l'affaire, il faut regarder les faits nus. En juillet 2023 à Béziers, Robert Ménard a refusé d'unir une citoyenne française et son compagnon étranger, alors frappé d'une obligation de quitter le territoire. Le maire a crié au mariage blanc pour justifier son refus. Pourtant, la justice avait fait son travail. Le procureur de la République avait mené une enquête approfondie et formellement validé l'union, rappelant que le droit au mariage est une liberté garantie par la Constitution et les traités européens, indépendamment du statut administratif d’un individu. L'argument de la fraude ne tenait pas. En persistant dans son refus, le maire a délibérément violé la loi et dépouillé une citoyenne française de son droit constitutionnel d'épouser l’homme de son choix. L'homme a ensuite été expulsé, séparant brutalement un couple qui a fini par s'unir à l'étranger. Cet épisode ne relève d'aucun courage civique, mais d'une faute pénale commise par un élu qui s'est pris à la fois pour un policier, un inquisiteur et un législateur.
Dans sa lettre de soutien, Bertrand Malquier prétend défendre une République lisible et déplore une crise d'autorité. L'inversion est totale. En réalité, les institutions ont fonctionné. La police administrative a appliqué les règles de séjour en expulsant l'intéressé, pendant que l’autorité judiciaire veillait au respect d'une liberté fondamentale inaliénable. Le conflit n'existe que dans l'esprit de ceux qui confondent un maire avec un souverain féodal. Lorsqu'il célèbre un mariage, l’élu municipal n’agit pas selon ses humeurs. Il agit comme officier d’état civil, simple exécutant de la loi sous le contrôle direct du parquet. Si un maire se heurte à un cas de conscience intime, la République lui permet de déléguer la célébration à un adjoint, ou de démissionner. Confisquer le service public pour imposer sa morale personnelle à des administrés, ce n'est pas restaurer l'autorité, c'est semer le désordre institutionnel.
Ce ralliement bruyant n'a d'ailleurs rien d'un simple réflexe de bon voisinage entre cités d'Occitanie. Il marque une rupture idéologique majeure pour notre ville. Longtemps, la majorité municipale issue du Nouveau Narbonne s'est abritée derrière une image rassurante de gestionnaires modérés, pragmatiques et prétendument apolitiques. Ce masque vient de voler définitivement en éclats. En épousant la cause de Robert Ménard, en reprenant mot pour mot son vocabulaire et en légitimant la transgression de la loi au nom du rejet de l'étranger, Bertrand Malquier fait le choix délibéré d'aligner Narbonne sur les thèmes, les principes et les figures de proue de l'extrême droite.
Les Narbonnaises et les Narbonnais doivent en tirer la conséquence politique évidente. Leur maire n'est pas le sage arbitre de terrain qu'il prétendait incarner lors des élections, il est devenu le relais actif d'une dérive illibérale qui sape l'État de droit. En normalisant ainsi les obsessions identitaires, Bertrand Malquier ne protège pas sa ville, il la compromet et prépare les esprits à l'acceptation d'un autoritarisme local sans contre-pouvoirs.
Le piège est précisément de se laisser enfermer dans le dossier migratoire. L'arrêté d'expulsion ne sert ici que d'appât émotionnel pour faire applaudir une régression démocratique inouïe. Dès l’instant où nous acceptons qu’un maire suspende le Code civil au nom de ses préjugés, plus aucune règle ne protège personne. Quel recours restera-t-il demain si un élu décide d’exclure certains enfants des cantines scolaires ou de priver des administrés de services publics en fonction de leurs opinions ?
La Révolution de 1789 s'était précisément construite pour abolir les justices seigneuriales et affirmer que la loi devait être la même pour tous sur chaque mètre carré du territoire. Revendiquer un droit de veto municipal sur les lois nationales, c'est ressusciter les petits barons d'Ancien Régime et instaurer une intolérable loterie géographique des libertés.
Ce procès à Montpellier dépasse largement le cas personnel de Robert Ménard. Il rappele la frontière intangible entre la civilisation républicaine et le caprice des puissants. En démocratie, la loi s'applique à tous, et d'abord à ceux qui ont la charge de la faire respecter.
Laurent Fabas pour lr Clairon de l'atax le 30 / 07 /2026

Clair . Imparable.
Bravo Laurent pour ce rappel essentiel!