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Comment notre corps et notre cerveau réagissent à la chaleur

   Nous vivons des canicules de plus en plus précoces, de plus en plus fréquentes et de plus en plus chaudes. Ces canicules sont l’un des effets majeurs du changement climatique. Ces canicules font des morts : quelles sont ces personnes qui meurent de chaud ? Quel est l’impact de la chaleur sur notre organisme ? On a beaucoup étudié l’action du froid sur le corps humain, mais ce n’est qu’à partir des années 2012 / 2014 qu’on s’est vraiment intéressé aux effets de la chaleur. Nous n'en avons actuellement qu’une connaissance partielle, même s’il est sûr qu’il sont importants. La question de l’adaptation des humains à la chaleur est devenue un problème majeur : c’est de cela que traite le livre « Les clefs de l’adaptation humaine » (éditions Denoël) publié par le chercheur franco-suisse Christian Clot, président fondateur du ″Human Adaptation Institute″.

Louise B. Velpeau et HR

Cerveau ('Image par Pete Linforth de Pixabay)

L’adaptation des humains à la chaleur


   Quand la chaleur est trop intense et dure trop longtemps elle devient un problème qui concerne 3 enjeux :


  • - Les enjeux physiologiques qu’on connait plutôt bien (par ex : maux de tête, etc…)

  • - Les enjeux cognitifs qu’on connait moins bien : à partir de quel moment on commence à dégrader ses capacités intellectuelles et physiques

  • - Les enjeux liés à la dégradation des capacités sociales : c’est là qu’on a le moins de renseignements

   Selon les dernières études réalisées, c’est à partir de 32 ° en pointe et de 24 / 25° sur 24 heures que ce phénomène de dégradation des capacités mentales s’enclenche.


La question de la dégradation des capacités mentales due à la chaleur est préalable à celle de la mortalité.


   Certes la canicule de 2003 a fait environ 15000 morts en France, actuellement la mortalité mondiale due à la chaleur est d’environ 500.000 personnes. Ces chiffres sont déjà significatifs, mais il faut les comparer avec ceux de certaines affections : si on parle des maladies cardiovasculaires il s’agit de 19 millions de personnes, pour le tabac on parle de 7 millions de morts. La mortalité n’est donc pas forcément le premier problème posé par la chaleur, il y a d’abord la question de la dégradation des capacités mentales des humains sous les effets de la chaleur.


Le mécanisme de dégradation des fonctions cognitives


   Dès 32 ° le cerveau voit se dégrader ses capacités de réflexion. On voit croitre les accidents, les pertes de contrôle …Cette dégradation est due à la mise en place par le cerveau d’une réaction de défense contre la chaleur. Le mécanisme est le suivant : le cerveau doit fonctionner dans un plage normale située entre 36,5° et37,5°. Il est dans une boite crânienne fermée, il n’a pas de système de ventilation, sa seule façon de se « rafraichir » c’est le liquide rachidien. Dès que la température extérieure est trop importante le cerveau prend une décision et lutte pour éviter de se surchauffer lui-même par l’activité électrique (*) produite par la réflexion. Pour rester à la bonne température il va dégrader certaines fonctions cognitives, donc il va arrêter de faire fonctionner certaines parties du cerveau pour évier de chauffer encore par l’activité électrique que ces fonctions produisent alors qu’il doit se protéger de la température externe.


C’est un mécanisme encore assez peu connu qui se déclenche lorsqu’il fait trop chaud : le cerveau prend la décision d’enlever certaines fonctions qui ne paraissent pas majeures, pour en protéger d’autres qui sont vitales.


   Les études scientifiques sur les impacts de la chaleur sur les humains sont récentes, elles datent d’une quinzaine d’années ici et là dans le monde et l’on manque encore d’outils pour les quantifier. Dans l’attente de ces outils, on fait surtout des mesures de comparaison : par exemple on calcule le nombre d’accidents en fonction de la variation de la température. On regarde la corrélation entre la température extérieure et les accidents : ainsi pour une ville comme New York, une étude a montré que pour une élévation de température de 1° il y a en moyenne 1,58 % d’accidents de la route supplémentaires, au-delà de 28,1 °.de moyenne par 24 heures.

   Pourquoi y a-t-il plus d’accidents de la route quand il fait chaud ? C’est pace que la chaleur provoque une perte de concentration due à la dégradation de fonctions qui ne paraissent pas vitales au cerveau : 1ére fonction, la mémoire à court terme ; 2èmefonction qui traite d’énormément d’informations donc risque de provoquer la surchauffe du cerveau la fonction sociale. La dégradation de cette fonction aboutit à augmenter l’agressivité…

Si on dégrade certaines fonctions de mémoire, de mobilité de nos organes, certaines fonctions sociales (ndlr : pr exemple code de la route et signalétique) on augmente le risque d’accidents.


Comment font les gens des pays « chaud ». Sont-ils soumis aux mêmes phénomènes de dégradation de leurs capacités mentales ?


   Le cerveau est le même, mais on peut observer 2 phénomènes :

  • - Il y a d’abord un phénomène d’habituationà la chaleur ; il ne s’agit pas d’adaptation, mais quand on vit dans des températures chaudes en permanence on va avoir une sorte d’habituation que Christian Clot qualifie de « primitivo-corporelle » qui fait qu’on va faire face ″un peu mieux″ mais pass complètement au phénomène, mais il n’y a pas de corps humain, connu actuellement, adapté à de fortes températures ( ≥ 50° C ).

  • - Il y a ensuite l’adaptation des populations des pays chauds aux températures ambiantes (par exemple les heures de travail sont décalées, on commence plus tôt sa journée, etc.) Les pays qui ont su s’adapter à la chaleur sont, soit des pays qui ont adapté leur mode de vie à la chaleur (travail la nuit), soit des pays qui comme l’Arabie Séoulite ont choisi l’ultraclimatisation . Les pays où il fait très chaud ont des difficultés de développement s’ils n’ont pas mis en place des structures d’adaptation comportementale.

La question des « nuits tropicales » où la température ne baisse passe pas pendant les périodes de grande chaleur.


   On sait maintenant que le corps humain fonctionne de façon optimale dans un plage de température située entre 14 ° et 21 °C. C’est encore satisfaisant entre 21 et 25 ° C mais le corps a déjà besoin de lutter un peu contre la chaleur. Ces températures paraissent basses, compte tenu de la température normale du corps humain (entre 36,5°C et 37,5°C), mais cette différence est la condition nécessaire à de bons échanges thermodynamiques entre le corps et son environnement. Le corps respire, mais si le corps est à 36,5 ° et la température extérieure à 36,5°C la capacité d’échange est quasi nulle. Si par contre le corps est à 36,5 °  Quand la température extérieure est à 14 °C, il est facile d’extérioriser les échanges gazeux de l’intérieur du corps vers l’extérieur…Plus il fait chaud plus le corps doit lutter pour réaliser ces échanges gazeux donc plus il se fatigue… Si la température nocturne ne baisse pas pendant des périodes de fortes chaleurs le corps se fatigue, si par contre la température baisse, il peut récupérer tout ou partie de chaleur accumulée.

   Une séquence trop longue de « nuits tropicales » peut entraîner des ″maladies de chaleur″, c’est-à-dire des dégradations des fonctions physiologiques et cognitives qui vont accentuer l’intensité de maladies déjà présentes (asthmes supplémentaires, problèmes cardiaques supplémentaires, maladies rénales liées à une surconsommation d’eau qui fait travailler les reins.

   A l’heure actuelle on ne sait pas quelles seront les conséquences des maladies déclenchées par la multiplication des épisodes de canicule. Auront-elles un impact sur la diminution de l’espérance de vie, des scientifiques pensent que oui, mais la preuve formelle n’est pas établie.

Certains pays ont entrepris de lancer des études sur la question, ce n’est pas le cas de la France qui n’a mobilisé aucun crédit.


   D’une manière générale la question des aménagements nécessaires à l’adaptation au changement climatique est encore très peu traitée en France et dans certains cas comme dans le domaine de la construction on continue à produire un cadre bâti inadapté à la hausse des températures.

   Or la chaleur va poser des problèmes sur l’ensemble u fonctionnement de notre société. Sur le système de santé dont on peut déjà constater les dysfonctionnements mais cela va s’étendre à d’autres systèmes comme celui des transports, etc. On s’aperçoit que le matériel qui les fait fonctionner n’est pas conçu pour les températures qu’ils affrontent déjà (cf. : la SNCF) ou qu’ils devront affronter. Quel est actuellement le matériel conçu pour fonctionner à une température de 50 °C.

   La France, en réponse à la canicule actuelle, met en œuvre un plan canicule, imaginé en référence à la canicule de 2003 !  Il serait temps de ″changer de braquet″ en cette période de Tour de France cycliste…


Louise B. Velpeau et HR pour le Clairon de l’Atax le 21/07/2026



(*) Toute activité cérébrale repose sur des signaux électriques (et chimiques), organisés en réseaux extrêmement complexes. L'activité électrique du cerveau n'est pas de la même nature que le courant dans un fil métallique : il s'agit de courants ioniques à travers des membranes biologiques, plus lents et plus complexes. Mais le cerveau produit bien des champs électriques détectables, et des chercheurs les utilisent même pour étudier les états de conscience, le sommeil ou certaines pathologies (épilepsie, par exemple).


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